« Dites Lucette, vous connaissez l’Gustave ?
« Le Gustave ? Lequel ?
« Lequel lequel ? Vous en connaissez d’autres vous ?
« Ben oui, , à part mon cousin Gustave Gaucher, j’connais l’Gustave Vioux.
« Et ben c’est de lui que j’vous cause. Moi j’en connais pas d’autre !
« vous en connaissez pas d’autres, mais ça veut pas dire qu’y en a pas d’…
« Vous allez pas chipoter avec vos autres Gustave Lucette ! Moi je vous cause de Gustave Vioux, ç’ui qui tient la ferme de la Touche aux Cosses.
« En Ecosse ?
« Mais non bougre de Lucette, ! Aux COSSES ! Les Cosses c’est le lieu-dit qu’est sur la route de Bonneuil !
« Aaah oui ! Gustave Vioux, c’est là qu’il habite.
« Tout juste. Bon vous savez qu’il a une bonne sœur ?
« Je savais qu’il avait une sœur, mais je savais pas qu’elle était bonne. Elle fait les ménages chez qui ?
« Elle fait pas le ménage, elle est dans les ordres ! Décidément Lucette, des fois faut vous mettre les points sur les i.
« Attendez Ginette, y a quand même qèque chose que j’comprends pas. La Sœur du Gustave, Clothilde c’est ça ? …
« C’est ça oui.
« Bon et ben la Clothilde, elle est sous les ordres de qui ?
« Ben sous les ordres de Jésus tiens !
« Jésus ? Jésus qui ?
« Jésus Lucette ! Jésus, le Seul l’Unique ! Elle est dans les ordres, elle est bonne sœur, elle est au couvent des carmélites, rue des ursulines à Bégonville, sous le nom de sœur Clothilde ! ça va là, vous suivez ?
« Ah bon ! Elle est bonne sœur ?
« C’est ce que je me tue à vous dire.
« Mais je ne savais pas, c’est arrivé comment ?
« Ooooh ! c’est une drôle d’histoire.
« Racontez Ginette racontez !
« Ben voilà : un jour, y a 5 ou 6 ans, la Clothilde et l’Gustave, y z’étaient en train de ramasser des patates dans le champ de la Canne.
« çui qu’est derrière le Bois-joli ?
« Tout juste. Et v’là t-y pas que, à un moment donné, le Gustave, y se r’lève et vous savez pas ce qu’y vois ?
« Non !
« Et ben y voit sa sœur, la Clothilde, toute droite, les mains jointes, debout en plein champ et pis en train de marmonner des trucs.
« Elle marmonnait quoi ?
« Des trucs. Des … choses , des , … Dieu sait quoi, et c’est le cas de le dire.
« Ah bon ?
« Oui pasque son frère …
« Le Gustave ??
« Hein ?? Ben oui le Gustave Lucette, pisque c’est son frère. Donc le Gustave y demande à sa sœur …
« Qui marmonnait des choses …
« Oui , elle marmonnait … ! Mais dites donc Lucette, si vous m’interrompez tout l’temps, on va pas y arriver.
« Continuez Ginette, continuez, je me tais.
« Donc je disais : le Gustave, quand y vois sa sœur comme ça, toute bizarre, en train de …
« Marmonner …
« LUCEEETTE !!!
« Oui oui, pardon.
« Donc quand y voit sa sœur toute seule en train de marmonner des mots sans suite, y s’demande si elle est pas tombée sur la tête.
« Ah ! Elle marmonnait toute seule ?
« Ben oui ! Généralement, quand on marmonne, c’est souvent toute seule ! Vous devriez bien savoir ça, vous Lucette.
« Moi ? Pourquoi ?
« ça vous arrive souvent de marmonner Lucette.
« Pas plus que vous Ginette.
« Oui bon bref ! Revenons à Gustave. Et ben lui il a trouvé que sa sœur, en plus de marmonner, elle avait un air bizarre, comme si elle était … eueueuh ! Comment qu’il a dit déjà ? … quèque chose comme : changée, … eueueu ! … mais plus fort, vous voyez Lucette.
« Changée ?
« Hein ?
« Transformée Ginette, il l’a trouvée transformée peut-être ?
« Oui, mais il a dit un mot plus … plus , Raaah comment dire ? … Ah oui ! Transfigurée voilà !
« Transfigurée ?
« Oui oui, c’est ça qu’il a dit le gustave. Trans-fi-gu-rée quelle était la Clothilde!
« Et ben dites donc. … Et alors ?
« Alors ? Ben il a cru qu’elle avait attrapé un coup de soleil tiens !
« Un coup de soleil ? Au mois de Janvier ?
« Au mois de janvier ?
« Ben oui au mois de janvier ! On ramasse pas les patates au mois de janvier ?
« J’sais pas ! C’est pas dit dans l’histoire que j’vous raconte. En tout cas c’est ça qu’il a cru, que la Clothilde, elle avait pris un coup de soleil. Elle était là : « Mmmmh …Minminmin …gngngn… !! »
« Alors il a fait quoi ?
« Ben Y y a demandé : « Quèsqu’y t’arrive Clothilde? », et elle y a répondu : « Chuuuttt !Tais toi !», comme ça sur un ton sec.
«Et ben dis donc !
« Comme vous dites Lucette.
« Et Gustave, il a rien répliqué ? Pasque des fois, il était pas commode.
« Ben non. C’est justement ça qu’est bizarre, il a pas râlé, il a juste demandé « Chuuuttt ! …pourquoi chuuuttt ? »
« Et Clothilde, elle a répondu quoi ?
« Elle y a dit : « Tais toi ! J’entends des voix. » Tel que Lucette !
« Tel que ?
« Oui oui Lucette, tel que !
« Et elle a dit ce qu’a disaient ces voix ?
« Oooooh alors là, elle a expliqué que les voix lui demandaient d’entrer dans les ordres, qu’y fallait qu’elle aille chez les sœurs. Elle voulait être sœur, qu’on l’habille en sœur et tout et tout et tout. Voilà, une folle quoi.
« Hi hi ! Dites Ginette, c’était déjà la sienne au Gustave.
« Sa quoi au Gustave ?
« Ben sa sœur tiens, c’était la sœur du Gustave, et ça lui suffisait plus à la Clothilde.
« Ho ho ho Lucette ! Vous avez raison, faut croire que ça lui suffisait plus.
« Donc Ginette, la Clothilde, elle est devenue bonne sœur.
« Ouais, y a tout juste 5 ans. C’est le Gustave lui-même qui l’a emmenée chez les carmélites à Bégonville.
« Chez les carmélites ?
« Oui, chez les carmélites, et c’est pas drôle.
« Ah ! Et pourquoi ça ?
« ben vous connaissez rien Lucette ! Sachez que chez les carmélites, contrairement à chez les ursulines, quand on rentre on sort pas.
« On sort pas ?
« Non Lucette on sort pas. C’est dur le carmel.
« Ah ? Y a pas de carmel mou ?
« Carmel mou ???
« Ben oui Ginette, si y a du carmel dur, y a p’têt du carmel mou. Hi hi hi ! C’est drôle non ? Hi hi hi hi !
« Dites Lucette, c’est pas pasque vous êtes une mécréante de gauche qu’y faut vous moquer de la croyance des autres !
« Hmmmm ! …Vous avez raison Ginette, je ne ris plus. Hi hi … hmmmf !
A SUIVRE !





